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À travers le regard de Mamy H. Fall : photographie, femmes et changement social au Sénégal

  • il y a 1 jour
  • 6 min de lecture

Une interview de Mamy H. Fall


La photographie a le pouvoir de préserver la mémoire, de questionner notre regard sur le monde et de raconter des histoires que les mots seuls ne peuvent parfois pas exprimer.


Photographe sénégalaise, Mamy H. Fall utilise son appareil photo comme un véritable langage artistique pour explorer les identités, les mémoires, les expériences des femmes et les liens qui unissent les êtres humains à leur environnement.


Dans cette interview réalisée pour ELLA Global Community, elle revient sur son parcours, partage son regard sur la société sénégalaise et explique comment l'art peut devenir un puissant outil de dialogue, de réflexion et de compréhension.


Photograph


Comment a commencé ton parcours dans la photographie et qu’est-ce qui t’a inspirée à prendre un appareil photo pour la première fois ?

Mon parcours dans la photographie est né d'un besoin de raconter des histoires que les mots seuls ne pouvaient pas exprimer. Bien que ma formation initiale soit en ingénierie financière, j'ai progressivement ressenti le besoin d'explorer une autre manière de comprendre le monde et de transmettre des émotions. La photographie est devenue un langage qui me permet d'interroger la mémoire, les identités, les liens entre les êtres humains et leur environnement.


Quelles histoires aimes-tu le plus raconter à travers tes photographies ?

Je m'intéresse particulièrement aux récits invisibles : ceux des femmes, des traditions, des croyances, des territoires et des mémoires souvent peu documentées. Mon travail explore également la relation entre l'être humain et la nature, ainsi que les héritages culturels qui façonnent nos identités.


Comment la photographie a-t-elle changé ta manière de voir les personnes et le monde qui t'entoure ?

La photographie m'a appris à observer avant de juger. Elle m'a permis de comprendre que derrière chaque visage, chaque paysage ou chaque geste se cache une histoire. Elle m'a rendue plus attentive aux détails, plus patiente et plus consciente de la richesse des expériences humaines.


Y a-t-il une photographie ou un projet qui a une signification particulière pour toi ?

La série « Femmes Asphyxiées » occupe une place particulière dans mon parcours. À travers ce projet, j'explore l'inégalité des droits de la femme dans notre société, la mémoire et les figures féminines. Cette série représente une étape importante de ma recherche artistique, car elle rassemble plusieurs thèmes qui me sont chers et qui continuent d'inspirer mon travail.



Que voudrais-tu que les personnes ressentent ou comprennent lorsqu'elles regardent ton travail?

J'aimerais qu'elles prennent le temps de regarder autrement. Si mes photographies peuvent susciter une émotion, une réflexion ou simplement une curiosité envers des histoires peu visibles, alors elles ont rempli leur mission.


Senegal



Pour les personnes qui n'ont jamais visité le Sénégal, quelles sont les trois choses qu'elles devraient savoir sur ton pays ?


Le Sénégal est avant tout un pays d'hospitalité, où le sens de l'accueil fait partie de la culture. C'est également un territoire d'une grande diversité culturelle et linguistique, porté par une histoire riche. Enfin, c'est un pays où la création artistique est particulièrement vivante, portée par une jeunesse dynamique et créative.



Quels aspects de la culture sénégalaise te rendent particulièrement fière ?

Je suis fière de la richesse de nos traditions orales, de la force des liens communautaires, de notre patrimoine artistique et de la capacité des Sénégalais à préserver leur identité tout en restant ouverts sur le monde.


Comment le Sénégal a-t-il changé au cours de ta vie, en particulier pour les femmes et les nouvelles générations ?

Les jeunes générations ont aujourd'hui davantage accès à l'information, aux technologies et à des espaces d'expression. Les femmes occupent également une place de plus en plus visible dans de nombreux secteurs, notamment l'entrepreneuriat, la culture et la création. Malgré ces avancées, certains défis liés aux inégalités et aux normes sociales demeurent toujours.


Quels sont, selon toi, les principaux défis auxquels les femmes sont confrontées aujourd'hui au Sénégal ?

Les principaux défis concernent encore l'accès aux opportunités économiques, à une éducation de qualité, au financement des projets, ainsi qu'à une représentation plus équilibrée dans certains espaces de décision et de création.


Les droits des femmes



À ton avis, quels sont les sujets les plus importants qui touchent actuellement les femmes au Sénégal ?

L'autonomisation économique, l'accès à l'éducation, la santé, la valorisation du travail des femmes, la lutte contre les violences basées sur le genre et la reconnaissance de leur contribution au développement du pays sont des enjeux essentiels.


As-tu observé des avancées dans les droits et les opportunités des femmes ces dernières années ?

Oui. De nombreuses femmes entreprennent, créent, dirigent des organisations ou développent des initiatives culturelles et sociales. Même si beaucoup reste à faire, leur visibilité et leur influence grandissent progressivement.


Quel rôle l'éducation peut-elle jouer pour créer davantage d'opportunités pour les femmes et les filles ?

L'éducation est un levier fondamental. Elle permet de développer l'esprit critique, la confiance en soi et l'autonomie. Elle offre aussi la possibilité d'imaginer un avenir différent et de contribuer activement à sa communauté.


Y a-t-il des femmes dans ta vie ou dans ta communauté qui t'ont particulièrement inspirée ?

Ma première source d'inspiration est ma mère, par sa résilience et sa force. Je suis également inspirée par toutes ces femmes qui, souvent dans l'ombre, soutiennent leurs familles, transmettent les savoirs et participent au développement de leurs communautés avec beaucoup de courage.


Quel conseil donnerais-tu aux jeunes femmes qui souhaitent poursuivre leurs rêves malgré les barrières sociales ou culturelles ?

Je leur dirais de croire en leur vision, de rester curieuses, de continuer à apprendre et de ne pas avoir peur de construire leur propre chemin. Les obstacles existent, mais la persévérance, le travail et l'entraide permettent souvent de les dépasser.


Diversité et droits humains


Dans de nombreux pays du monde, il existe un débat croissant autour des droits des personnes LGBTQ+. Comment perçois-tu ces conversations dans le contexte du Sénégal ?

Le Sénégal est un pays riche de son histoire, de ses traditions et de ses valeurs culturelles. Comme dans de nombreuses sociétés, certaines questions de société sont abordées avec beaucoup de sensibilité. En tant qu'artiste et dans un pays où ceci est justifiable par une peine de prison, ça serait difficile de prendre position publiquement sur ces débats.

Mon travail consiste avant tout à raconter des histoires humaines, à préserver des mémoires et à créer des espaces de dialogue où chacun peut réfléchir à travers l'art.


Pourquoi penses-tu qu'il est important que toutes les personnes soient traitées avec respect, dignité et égalité, indépendamment de leur identité ou de la personne qu'elles aiment ?

Je crois profondément que chaque personne mérite d'être traitée avec respect et dignité. Ce sont des valeurs essentielles pour favoriser le dialogue, la compréhension mutuelle et la cohésion sociale. Mon travail artistique cherche avant tout à rappeler notre humanité commune et l'importance d'écouter les histoires des autres.


Penses-tu que l'art et la photographie peuvent contribuer à créer du dialogue, de la compréhension et de l'empathie entre différentes communautés ?

Absolument. L'art possède une capacité unique à dépasser les barrières linguistiques, culturelles et sociales. Une photographie peut susciter une émotion immédiate et ouvrir des conversations qui seraient parfois difficiles autrement.



Regard vers l'avenir


Sur quels projets travailles-tu actuellement et lesquels t'enthousiasment le plus ?

Je poursuis plusieurs recherches photographiques autour de la mémoire, de l'environnement, du patrimoine et des récits féminins. Je développe également des projets qui interrogent notre rapport à la nature et aux transformations sociales contemporaines. Ces projets me permettent de poursuivre une réflexion artistique profondément ancrée dans les réalités africaines.


Quels changements aimerais-tu voir au Sénégal au cours des dix prochaines années ?

J'aimerais voir davantage d'investissements dans l'éducation, la culture et les industries créatives et la liberté de tout un chacun.

Je souhaite également que les jeunes artistes disposent de plus d'espaces pour créer, exposer et vivre de leur travail, tout en valorisant le patrimoine culturel sénégalais.


Pour terminer, quel message aimerais-tu partager avec la communauté internationale d'ELLA Global Community ?

Je voudrais rappeler que derrière chaque pays, chaque culture et chaque communauté existent des histoires qui méritent d'être écoutées avec curiosité et humilité. L'art nous invite à dépasser les stéréotypes et à construire des ponts entre les peuples.

J'espère qu'un jour il y aurait un monde libre où vivre librement ne serait plus vu comme un crime et que chacune contribuera, à sa manière, à cette conversation mondiale.



 
 
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